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Retour d'expérience CH Avicenne : Prévention des RPS dès la conception d’'un laboratoire 2015

L’hôpital Avicenne, situé en banlieue parisienne, a conduit en 2014 une démarche de prévention des risques psychosociaux dans le cadre d’un projet de construction d’un laboratoire. Premiers enseignements, quinze mois après l’ouverture.

Emilie Lebée

Emilie Lebee, DRH du Groupe hospitalier universitaire Paris Seine-Saint-Denis  : " Réussir à mettre en œuvre une démarche de prévention en amont de la création d’une nouvelle unité est un enjeu majeur pour les Directions des Ressources Humaines.

Le projet de recherche action autour de l’ouverture du laboratoire a été une véritable opportunité de déployer une action longitudinale sur toute la durée du projet et de soutenir la recherche sur les fonctions support de notre centre hospitalo-universitaire. 

Les travaux d’aménagement des locaux constituent une opportunité pour penser la future organisation de travail et intégrer la prévention des risques professionnels dans l’étape de conception organisationnelle. "

Une démarche structurée en recherche action

Le Groupe hospitalier Paris Seine-Saint-Denis de l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris lance en 2012, à l’hôpital Avicenne, un projet d’ouverture d’un laboratoire de type « L3 » [1] permettant la recherche d’agents pathogènes, tels que les bactéries responsables de la tuberculose. L’établissement ne peut pas continuer à effectuer ces analyses dans le laboratoire de type L2 dont il dispose compte tenu des normes de sécurité imposées par la législation  [2].

 

La démarche structurée en recherche-action est mise en œuvre grâce à la volonté du comité de pilotage du projet, soutenu par la direction de l’institution, l’implication de Philippe Anton, Chef de projet prévention et du Responsable du Laboratoire L3 / biologiste et l’appui financier du Fonds National de Prévention.

 

Dans ce cadre, Irène Cottin-Joshi, Doctorante en psychologie du travail et ergonomie, a mené de 2013 à 2014 (à mi-temps) une recherche encadrée par le Professeur Gérard Valléry de l’Université de Picardie d’Amiens pour accompagner le changement organisationnel pendant l’installation du laboratoire et la montée en charge de l’activité.

 

Notes

(1) Un laboratoire doit prendre les mesures de confinement adaptées au risque biologique identifié, ces mesures étant de type architectural et organisationnel. La réglementation prévoit trois niveaux de confinement numérotés de deux à quatre correspondants aux groupes de risques infectieux. Le laboratoire créé à l’hôpital d’Avicenne est de type L 3, ce qui correspond à la classe 3 des microorganismes manipulés (fortement pathogènes).

(2) Le Code du Travail (Décret n°2008-244 du 7 mars 2008) classe les agents biologiques en quatre groupes, selon l'importance du risque d'infection qu'ils présentent. A chaque groupe correspond un niveau de précaution strictement défini, visant à protéger les personnels et à empêcher la propagation de la maladie.

Selon l'INRS (2013), l'agent pathogène de la tuberculose est classifié dans le groupe 3. L'article R4421-3 du Code du Travail français énonce : « Le groupe 3 comprend les agents biologiques pouvant provoquer une maladie grave chez l'homme et constituer un danger sérieux pour les travailleurs. Leur propagation dans la collectivité est possible, mais il existe généralement une prophylaxie ou un traitement efficaces »

Un laboratoire destiné à l’analyse et à la culture d’agents biologiques de ce type doit donc se doter d’un ensemble de mesures techniques de prévention. Selon le CNRS (2002), ces mesures incluent « l’aménagement interne du laboratoire », « le matériel et l’équipement », et les « bonnes pratiques».

 

Une expérience vécue par toute l'équipe

La démarche concerne l’équipe du laboratoire de bactériologie-hygiène L2 existant à laquelle a été rattaché le laboratoire L3, soit une vingtaine de personnes. Le travail au sein du laboratoire L3 repose sur le volontariat de l’équipe actuelle et quatre recrutements externes ont eu lieu. Sur le plan spatial, suite à la transformation d’une partie des locaux de l’hôpital Avicenne, les deux laboratoires sont situés au même étage, mais le L3 fait l’objet de règles de confinement très strictes.

Une visite du laboratoire le 9 mars 2016, met en évidence l’intérêt de l’expérience vécue par toute l’équipe ainsi que les raisons de la réussite de la démarche.

 

Au sein du L3, l’activité tend aujourd’hui à atteindre son rythme de croisière : de l’ouverture en décembre 2014 à fin 2015, la moyenne journalière des prélèvements est passée de 6 à 20. Une moyenne de 60 prélèvements par jour ouvrable et de 100 prélèvements journaliers lors de pics d’activité sont prévus.

 

Les techniciens qui ont acquis une capacité à s’organiser au cours de la démarche, absorbent et maîtrisent l’évolution de la charge de travail. Ils ont pu, compte tenu du volume réduit du nombre de prélèvements durant les premiers mois, d’une part, s’approprier progressivement l’environnement et la technique de travail, d’autre part, anticiper sur ce qui pourrait poser problème avec un nombre plus élevé de prélèvements. Ainsi, bien qu’une séquence de travail ait été fixée lors des groupes de travail sur la conception, plusieurs éléments ont été progressivement modifiés.

 

"Les prescriptions sont appropriées par les agents dans un premier temps. Dans un second temps, elles sont mises à l’épreuve de l’activité, discutées entre les techniciens, puis avec le responsable. Un élément important dans ce contexte, tient au fait qu’il existe des marges de manœuvre, tant au niveau des gestes et des procédures techniques, que des procédures de sécurité. Ces ajustements témoignent de l’émergence de stratégies collectives de régulation, afin d’avantager l’efficience du travail et le bien-être des opérateurs" souligne I. Cottin-Joshi.

Les préconisations émises

L’expérience a permis aussi aux techniciens de prendre conscience de l’importance de leur rôle et de leur responsabilité dans le circuit de soins. Les exigences de la hiérarchie discutées peuvent être ensuite admises parce qu’ils ont perçu la reconnaissance de leur implication dans le processus de travail et qu’une confiance leur a été accordée. Le risque d’un double isolement physique (près de 6 heures par jour dans un local confiné, dans une combinaison étanche avec un masque, un sentiment d’enfermement, d’étouffement…) et psychologique (complexité des échange avec les collègues et les autres services, message, répétitivité des tâches…) a pu être évité.

Pour I. Cottin-Joshi : « Le travail d’observation qualitatif a permis d’examiner les sources de tensions en amont de l’ouverture, et pendant les premières phases de l’activité. S’il n’est pas possible d’agir sur tous ces facteurs, ni de prétendre éliminer toute source de complexité au travail, il est nécessaire de nommer les difficultés, de les discuter et de chercher, collectivement, les solutions techniques possibles. Dans le cas où cela ne s’avère pas possible, le fait de les faire émerger dans un groupe de travail permet de trouver des stratégies et ressources collectives pour diminuer leur impact sur la santé des individus ou sur la production.  »

 

Des préconisations sont émises pour agir sur les facteurs pouvant être des sources de tensions psychiques (facteurs de RPS) par exemple :

  • porter attention aux facteurs restreignant le pouvoir d’agir, telles que des prescriptions déconnectées du réel du travail,
  • rechercher des moyens de compenser l’isolement lié au confinement, notamment en laissant une latitude pour les temps de pause avec le reste de l’équipe,
  • prendre en compte les variabilités des situations de travail et leur impact sur l’activité,
  • donner la possibilité de créer des marges de manœuvre pour la régulation des situations avant qu’elles ne s’avèrent problématiques.
  • enfin, favoriser le sens du travail comme ressource forte pour l’implication et le bien-être au travail.

Une dynamique est engagée. Les facteurs déterminants dans la réussite du projet, implication de la direction, de l’encadrement, motivation des agents, taille de l’équipe, configuration de la recherche action sont garants du maintien d’un processus d’amélioration continue. Il reste à faire bénéficier d’autres établissements hospitaliers de cette expérience.

Une prise en compte de l'activité réelle à travers l'observation

Une démarche qui prend en compte l’activité réelle à travers l’observation

La méthodologie mise en œuvre peut être décomposée en trois phases : l’observation de l’activité des personnels, des entretiens, et enfin des groupes de travail. L’intervention débute sur le laboratoire Bactériologie-hygiène L2 existant et en parallèle sur deux sites mettant en œuvre une activité similaire à celle qui est prévue pour le laboratoire L3 de l’hôpital Avicenne.

  • Dans le laboratoire L2, les informations précises recueillies sur le métier de technicien au cours des entretiens sont complétées de remarques spontanées émises lors des phases d’observations. « Etre observateur témoin des agents a permis de comprendre leur vécu et le réel des pratiques professionnelles » explique Irène Cottin-Joshi.
  • Les laboratoires L3 visités dans deux hôpitaux de l’APHP, effectuent principalement la recherche des Bacilles de Koch (BK) pour diagnostiquer la tuberculose. L’accès à ces laboratoires sécurisés étant complexe à mettre en œuvre, le nombre de journées d’observation est limité. Une journée d’observation dans chaque site s’est effectuée en binôme avec une technicienne du laboratoire de bactériologie L2 d’Avicenne pour initier la transmission de connaissances en situation, et permettre un premier échange sur les pratiques. Les observations sur ces sites de référence permettent de décrire les procédures de travail, l’organisation de l’activité, le matériel utilisé, l’organisation des tâches, d’avoir un aperçu des représentations relatives à la sécurité des agents habitués à travailler dans ce contexte.

A l’issue de cette phase, après des échanges sur les résultats, certains aspects clés relatifs aux risques et à la sécurité au travail sont approfondis. Ensuite, les personnels concernés au sein de groupes de travail peuvent faire collectivement des simulations sur l’organisation du travail future (répartition des tâches, horaires de travail) et mettre en discussion les prescriptions de sécurité au regard de leur faisabilité.

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